Benoît ( apercevant son fils marcher): Laurent. Hé Laurent!
Laurent ( cherchant du regard son interlocuteur) Salut. Et bien, qu'est-ce que tu fous ici?
B ( regardant son fils en souriant tristement): Le soleil du Midi me manquait... mais surtout pour oublier...et toi, que fais-tu là?
L ( content) J'ai une interview cet après-midi pour mon tube. Tu ne peux pas savoir comment je suis heureux. ( Comprenant la phrase de son père) Oublier? Oublier quoi?
B: Rien de bien important. Je suis content pour toi.
L: Et moi donc ( dans son monde) j'ai travaillé comme un dément pendant plus d'un an pour arriver où j'en suis.
B ( chuchotant pour que Laurent ne l'entende pas) De mon côté, j'ai perdu plus de quinze années de ma vie.
L ( le sourcil relevé) Quoi? Qu'est-ce que tu viens de dire?
B ( en mentant, les yeux baissés) Je disais si tu réalises la chance que tu as.
L: La chance n'a rien à voir là dedans. Tout grand effort mérite sa récompense. Au fait, ça te dit une petite bière? C'est ma tournée.
B: Tu sais très bien que je ne bois plus, du moins le matin. Mais je ne dis pas non pour un bon café.
L ( souriant de toutes ses dents) alors va pour un bon kawa.
Ils se dirigèrent vers une petite terrasse qui longeait la digue. Un père et son fils prirent un siège et s'assirent, tout en continuant leur conversation.
L: Quand je pense à tout ce qui nous est arrivé durant ces huit derniers mois. Je ne peux pas m'empêcher de penser que je suis quand même né sous la bonne étoile.
B ( pensant à son tour) Peut-être... Il faut croire, sans doute, que la jeunesse de nos jours est mieux reçue.
L: Pourquoi dis-tu cela? Pense à Aznavour, Adamo et autres ancêtres. Ils sont vieux mais bien connu.
B: Eux ont percés bien avant! Je pense à aujourd'hui? Tu connais des personnes de mon âge qui arrivent à grimper les échelons dans l'univers littéraire ou musical?
L ( réfléchissant longuement): La réponse me vient pas comme ça! Mais je suis sûr qu'il y en a.
Deux jeunes femmes s'approchèrent des deux hommes. La plus jeune s'approcha de Laurent en brandissant une feuille blanche.
Fille ( en état d'hystérie) Mon dieu, Caroline... C'est Laurent! Le chanteur de « Qu'est-ce qu'on s'en fout » M'sieur Laurent! Je peux avoir votre autographe?
Caroline: Oui oui! Moi aussi.
L ( riant aux éclats) Mais bien sûr mesdemoiselles. Ne soyez pas si pressée, je ne risque pas de m'envoler.
B ( dérangé par ce qu'il voyait) Laurent, j'ai été très content de t'avoir vu. Mais je dois y aller.
L ( signant les bout de papier) Mais enfin, attend. On n'a même pas commandé!
B: Je suis désolé. On se verra une autre fois. Au revoir.
L ( étonné par le départ si soudain de son père) Bon... Ben... Bye. Heu... Je te verrai à l'interview?
B: Je ne pense pas! J'ai encore beaucoup à faire. Passe une bonne journée.
Benoît se leva brusquement, faisant trembler la table, et partit avant même que Laurent ne comprenne réellement ce qui se passe. L'écrivain s'aventura vers la plage, encore vide, et observa les vagues s'écraser majestueusement sur le sable humide. Il s'avança vers l'eau salée et retira ses chaussures. Savourant ainsi le contact de la mer sur ses pieds. Au bout d'une dizaine de minutes, il fit demi tour. Il se mit au soleil et s'assit sur un rocher. Repensant avec mélancolie son bref passé. Une jeune femme s'approcha de lui et se mit à côté. Elle observa cet homme dont il était évident que la souffrance était intense et l'aborda.
Inconnue: Dur vacances, hein!
B: Vous n'avez pas idée.
Inconnue: Une mauvaise rencontre?
B: En effet... Et vous?
Inconnue: Aussi. Mon ex mari avec sa nouvelle conquête. Je m'appelle Céline, enchantée ( elle lui tend la main en souriant)
B ( se dressant et sera la main) Benoît, enchanté aussi.
Céline: Très beau prénom. Benoît, voudriez-vous vous confier à une parfaite inconnue? Après tout à force de garder tout ce mal en soi, vous devez un moment tôt ou tard vous en soulager.
B ( souriant brièvement) Pourquoi pas? Nous nous reverrons sans doute plus ensuite et cela apaisera mon c½ur. Mais vous? Pourquoi tant de tristesse dans vos yeux?
C: Un mariage raté, deux ans de ma vie où j'ai connu infidélité et humiliation pour ensuite avoir un divorce qui m'a détruite.
B ( triste pour elle) Je suis désolé.
C: Vous ne le devez pas! Mon erreur est d'avoir connu cet homme et j'en paie encore les conséquences.
B: Je ne comprends pas comment on peut faire cela à une si gentille et jolie femme.
C ( touchée par ce compliment) Sans doute n'a-t-il jamais eut de sentiments pour moi. Assez parler de moi... Je vous écoute Benoît. Dites-moi ce qui vous chagrine à ce point.
B: Je ne sais par où commencer. Est-ce la naissance de mon fils ou mon échec dans ma passion.
C: Votre passion? Qu'elle est-elle?
B: La littérature. Depuis plus de quinze ans, j'ai eut l'ambition et l'espoir de publier un roman. L'histoire de ma vie, de mon fils et de ma défunte épouse.
C: Le livre du c½ur... C'est tellement authentique...
B: Oui. Il y a huit mois, un éditeur m'a contacté. Après longue conversation qui m'ont rendu mal à l'aise, j'ai signé le contrat... Mais dans mon aveuglement, j'ai été trop vite.
C: C'est-à-dire?
B: J'ai signé ce papier maudit sans en lire le contenu. J'avais un titre « L'amourerai » mais ils l'ont refusé, sous prétexte qu'il n'était pas commercial.
C: L'amourerai. Quel titre étrange... Pourquoi un tel nom?
B: Une maison que j'ai connu... J'y ai connu l'amour et cultivé aussi. On dit roseraie lorsqu'on cultive des roses. De mon côté, j'ai dis amourerai car on y cultive l'amour.
C ( souriant légèrement) C'est tellement beau. Mais je vois bien qu'il n'y avait pas que cela qui vous a déçu. Je me trompe.
B: Vous visez juste. Le fait d'avoir du modifier mon titre m'a fait mal, même si je n'ai rien dit. C'est surtout ma naïveté et la réussite de mon fils qui m'a anéanti.
C: Je vous écoute Benoît...
B: Mon contrat mettait tout en valeur sauf moi. Ils m'ont tout volé... Mes idées, mes convictions, mon espoir... Quinze ans se sont envolés sous mes yeux à cause de mon ignorance dans ce domaine. Je leur ai fait confiance et ils en ont abusé. Ce qui me révolte d'autant plus est que j'en suis le seul responsable.
C: Qu'ont-ils écrit dans ce contrat?
B: Ce que j'ai réellement retenu est: l'auteur accepte de renoncer à tous ses droits d'auteur en échange de la publication de son livre.
C: Je comprends mieux. Réalisez-vous que vous aviez été escroqué?
B: Non. Je l'ai signé de mes propres mains.
C: Dites-moi, Benoît, comment se nomme l'éditeur.
L: Landrieux
C: Cela ne m'étonne pas... Maintenant car vous m'aviez été d'une oreille attentive à mes ennuis, je me permets de me présenter sous mon véritable nom professionnel, Céline Lombard, directrice des éditions Lombard...
B ( étonné): ...
C ( souriant tendrement) Je vous attends demain à neuf heures tapante à mon bureau...
© Nariele